top of page

Dans un autre monde (La Reine des Neiges 2) : le processus de changement en avance très rapide

  • Photo du rédacteur: Grégoire Taconet
    Grégoire Taconet
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Elsa (La Reine des Neiges) de dos face à deux tableaux, l'un représentant ses proches aujourd'hui, l'autre la représentant enfant avec sa sœur et ses parents.

Changer, ça peut être extrêmement épanouissant, parfois c'est une nécessité, mais certains changements impliquent de passer par une instabilité qui peut être effrayante, éprouvante. J'en parlais dans cet article, mais beaucoup moins bien que ne le fait la chanson Dans un autre monde du film La Reine des Neiges 2.



La métaphore de la voix lointaine est particulièrement pertinente : un besoin de changement profond commence souvent par un signal flou, qu'on est pas sûr·e de vraiment percevoir, mais qu'on peut de moins en moins ignorer parce qu'il persiste, parce qu'il est récurrent. Par contre, en général, ce ne sera pas la voix de la chanteuse Aurora, ou alors vous avez du bol! Ça peut être quelque chose de positif comme un élan ("je ne le sens pas de me lancer maintenant mais j'aurais vraiment envie de faire telle activité, de démarrer tel projet, ..."), mais ça peut aussi parfaitement être quelque chose de bien moins sympathique, comme une angoisse, une irritabilité, un sentiment d'insécurité, ...


Elsa, d'ailleurs, ne veut pas l'entendre, et l'exprime dans des dénégations assez confuses. Certes, deux fois (dont une qui est très proche du point de bascule), elle dit clairement qu'elle fait le choix d'ignorer le signal (elle aimerait que les murmures disparaissent, elle bloque les appels de la "sirène mystérieuse"), mais à d'autres moments c'est bien plus confus ("si je t'entendais, mais je ne t'entends pas", ou encore "je peux t'entendre mais je ne vais pas t'entendre", affirmation qui a l'avantage, déni ultime, d'être complètement incompréhensible).


Ce qui est clair pour elle, en revanche, est que cet appel est insécurisant : tout va parfaitement bien, elle n'a besoin de rien qui ne soit pas "entre ces murs", sa vie est stable et ça lui convient parfaitement, merci, il ne faudrait surtout pas se poser trop de questions. Il y a d'ailleurs un contresens assez important dans la version française : son propos, ce n'est pas "tu n'es pas la solution", c'est "il n'y a pas de problème et il ne faut surtout pas questionner cette certitude". Niveau sécurité, elle se raccroche aussi à l'idée qu'il y a des personnes qui aiment bien "les problèmes", d'autres non, et que bien entendu elle-même est faite pour la tranquillité.


Toujours sur la sécurité, il y a un joli double sens avec l'idée que la voix la "maintient éveillée" : est-ce qu'elle l'empêche de dormir parce que c'est une nuisance, voire une effraction dans l'espace si privé du sommeil, ou est-ce qu'elle la maintient éveillée dans le sens où elle lui évite de perdre sa vigilance, donc est un facteur de sécurité?


En effet, même si l'objectif fait profondément envie... choisir, c'est renoncer. Et renoncer par exemple à une stabilité, à des relations avec des proches, à des certitudes, à un quotidien familier, évidemment, c'est dur! L'envie de ne pas se poser trop de questions peut, dans certains cas, se faire particulièrement pressante, parce que penser aux conséquences risque d'être vertigineux, et pas forcément d'une façon agréable.


Pour autant, quand elle va basculer, Elsa va le faire à fond. Elle ne veut surtout pas que cette voix qui était dérangeante, qui seulement quelques minutes avant n'avait rien à faire là, ne parte, la livrant à elle-même. Parce qu'elle a suffisamment entendu, puis écouté la voix pour savoir que ce changement est important pour elle, que certes le risque elle n'aime pas du tout, mais que ne pas suivre cet appel, c'est aussi un risque. Donner de l'espace à ses réticences, prendre le temps de voir si la voix allait s'atténuer voire disparaître, était malgré tout une étape essentielle : tous les appels ne sont pas bons à suivre,et un choix n'est un choix que s'il est libre et personnel.


"Cette personne qui fait partie de ma vie me fait du mal", "il faudrait que je fasse ces examens médicaux qui risquent de révéler une réalité très inquiétante", "je ne m'épanouis pas professionnellement et ça me pèse", "je voudrais aller au bout de mes questionnements sur mon orientation sexuelle ou mon identité de genre", "j'en ai marre de dire "oui" tout le temps et d'avoir peur de contrarier les gens"... les sujets où le point de bascule peut faire peur sont nombreux. Et parfois, de fait, les difficultés qu'on appréhendait, on se les prend dans la figure. Il m'arrive d'ailleurs de dire à mes client·e·s que le phœnix de mon logo implique une résurrection donc un décès, mais que je montre l'oiseau mythique plutôt que le tas de cendres parce que c'est plus vendeur.


Évidemment, tous les processus de changement ne sont pas de cet ordre. Des fois, il suffit d'un aménagement, d'un ajustement, pour régler un problème qui paraissait bien plus insurmontable qu'il ne l'était. Des fois, le moteur est une envie de changement en général : on a envie de tout envoyer promener, et de voir ce qu'il se passe. Dans ce cas, la bascule n'est plus un inconvénient mais l'objectif, l'environnement n'est plus ce qu'on voudrait garder si on avait une baguette magique mais ce dont on veut se débarrasser.


D'autres fois, ce qu'il faut mettre en place pour aller dans cette direction qui nous appelle peut donner l'impression de sauter dans le vide. Dans ces cas là, comme dans l'extrait de La Reine des Neiges 2, se boucher les oreilles pour ne pas entendre l'appel ne va pas marcher. Mais prendre le temps de l'écouter, d'observer à quel point il va nous pousser, nous déranger, tout en accueillant avec bienveillance les freins, les réticences, permet de prendre les décisions difficiles au bon moment, dans de bonnes conditions, et en étant aussi prêt·e que possible à traverser ce qu'on va traverser.

Commentaires


bottom of page