Citation de la semaine 49
- Grégoire Taconet
- 22 juil. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 août 2025

"Mettre l'accent sur les possibles et la conviction que la thérapie peut marcher a de bonnes chances d'induire un espoir et des attentes positives d'amélioration. Toutefois, c'est important de noter que créer cette atmosphère d'espoir thérapeutique, ce n'est pas la même chose que d'adopter une attitude Bisounours, de "tout va bien dans le meilleur des mondes", envers les difficultés des client·e·s. L'espoir vient plutôt d'une prise de conscience des difficultés actuelles des client·e·s et de la possibilité d'un avenir meilleur." Scott Miller, Barry Duncan et Mark Hubble
Ce principe, exposé dans le livre Escape from Babel, a radicalement changé ma pratique, de façon d'autant plus exponentielle que les effets sont souvent très rapidement visibles. Au delà de l'intérêt pratique, je trouve qu'il porte un éclairage intéressant sur les mécanismes de la souffrance.
En effet, sans négliger, ce qui serait grotesque, la réalité de la situation vécue, c'est le regard sur cette réalité qui va vraiment compter. Ça peut être un conflit intérieur, par exemple pour le deuil où, tout en étant parfaitement au fait que le décès est un processus irréversible, on voudrait que la personne soit encore vivante parce qu'un univers où elle n'existe pas est encore insupportable. Et ça peut aussi être un sentiment d'immobilité, le fait qu'aucun mouvement, aucune issue ne soit perceptible.
J'aime beaucoup l'analogie de l'escalade utilisée par Philippe Aïm dans Écouter, parler, soigner. Une personne est coincée sur le mur d'escalade. Un autre lui demande si elle peut bouger une jambe. Ben non, c'est bien ça le problème! Un bras alors? Non plus. La tête? Oui, ça ne sert à rien, mais ça c'est possible. Ah, il y a cette prise qui est accessible, je ne l'avais pas vue!
Ne le répétez pas, mais le sentiment d'impuissance est un étau qui peut aussi se resserrer autour des thérapeutes. Que celle ou celui qui n'a jamais jeté un conseil (évidemment de l'inutilité la plus absolue) entre elle ou lui et le·a client·e parce que l'angoisse montait me jette la première session de supervision. Mais là, on est plutôt, même si c'est involontaire, dans la minimisation des problèmes évoquée dans la citation.
Le mouvement, certes, ce n'est pas une solution, ni une libération. Mais c'est une extraction d'un sentiment d'immobilité et d'impuissance qui tel une toile d'araignée est gluant et peut vite s'étendre. S'il y a eu du mouvement (et c'est tellement vite oublié!), c'est que la personne accompagnée est capable de bouger. S'il y a du mouvement, c'est que même si elle n'est pas sortie, elle n'est pas coincée. Et c'est fondamental.




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