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Citation de la semaine 41

  • Photo du rédacteur: Grégoire Taconet
    Grégoire Taconet
  • 15 avr. 2025
  • 3 min de lecture

Photo (portrait) de Christophe André

"La philosophie bouddhiste désigne les attachements comme source de souffrance, et encourage à ce qu'on pourrait appeler le non-attachement. Mais la formule exacte serait peut-être : "ne pas s'accrocher", plutôt que "ne pas s'attacher"." Christophe André


Christophe André, dans cet extrait de son livre Consolations, met en mot l'aspect paradoxal de ce qui est pourtant un pilier de nombreux modèles de thérapie.


L'acceptation, le lâcher-prise (qui plutôt que de démobiliser permet de se mobiliser aux bons endroits), la position d'observateur·ice à laquelle invitent des modèles aussi divers que la méditation ou l'Approche Centrée sur la Personne ("je constate que je ressens, émotionnellement ou physiquement, telle ou telle chose"), sont des outils précieux. Ils protègent contre le risque d'être submergé·e par un problème ou un ressenti, permettent de changer de regard et d'être plus flexible sur la recherche de solutions : "je n'en peux plus de cette musique qui m'empêche de me concentrer, si seulement elle pouvait s'arrêter!", c'est une pensée plus éprouvante que "cette musique m'empêche de me concentrer, je le vis très mal parce qu'il n'y a pas beaucoup de moments où je peux réviser, qu'est-ce que je peux faire?". Pour autant ça reste une prise de distance, et on peut s'interroger sur l'idée qu'il y a derrière.


En effet, incontestablement, si rien ne m'atteint, je suis invulnérable ("It's funny how some distance / Makes everything seem small", s'extasie une princesse avec peut-être trop d'enthousiasme dans une chanson qui a été beaucoup entendue). Sauf que, comme le formule à juste titre la thérapie d'acceptation et d'engagement qui invite à éviter les objectifs qui pourraient être accomplis par une personne morte, si je ne ressens rien, je ne vis pas tellement non plus. Et cette armure magique, si elle est trop efficace, pire si elle devient confortable, peut aussi être source de souffrances, c'est décrit magistralement, par exemple, dans le livre Le chevalier à l'armure rouillée.


Les termes d'acceptation, de lâcher-prise, de prise de distance, a fortiori de détachement, s'ils ont l'avantage de la clarté, induisent en erreur. Comme dans la théorie... de l'attachement, où plus de sérénité, un rapport plus apaisé à la séparation, permet de mieux être en lien avec l'autre, ces outils thérapeutiques permettent, plus que de n'accorder de l'importance à rien, de mieux choisir à quoi on accorde de l'importance, de mieux écouter nos vrais besoins.


Si j'observe que je ressens telle ou telle émotion, je tourne le regard vers moi, plutôt que vers ce qui la déclenche, et le problème est posé différemment. Accepter une douleur chronique, ce n'est pas y être indifférent·e, mais se débarrasser, dans la mesure du possible, de l'obsession de souhaiter la voir partir, pour orienter son attention vers des choses plus positives et réalistes (je ne suis évidemment pas en train de dire que c'est facile, et je ne suis certainement pas en train de dire qu'il faut dire aux personnes qui parlent de leurs douleurs chroniques qu'elles n'ont qu'à accepter et ça ira mieux). Accepter qu'une personne chère est partie, c'est garder son souvenir, comme une cicatrice, sans que son absence ne soit insupportable (et ça prend du temps, c'est un processus qui ne peut pas être brusqué).


Ne pas s'attacher permet donc... de mieux s'attacher. En effet, c'est bien plus clair avec la formulation de Christophe André : ne pas s'accrocher, permet de mieux s'attacher. Libérez vous, à votre rythme, de vos souffrances, mais pas de votre capacité à ressentir.

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2 commentaires


Invité
10 nov. 2025

Votre mise en lumière de la subtile distinction entre « ne pas s'accrocher » et « ne pas s'attacher », telle que Christophe André la décrit, résonne profondément. Cela souligne à quel point cette nuance est cruciale pour comprendre le lâcher-prise non pas comme une passivité, mais comme une forme active de résilience mentale, permettant de mieux naviguer les défis sans être submergé. Cette capacité à prendre du recul et à réévaluer les situations est d'ailleurs une compétence précieuse dans bien des domaines, y compris lorsqu'il s'agit d'aborder des systèmes complexes et d'y trouver de la clarté. Pour ceux qui s'intéressent à la manière dont des outils structurants peuvent simplifier l'apprentissage et la création dans un domaine exigeant, je trouve…

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Grégoire Taconet
Grégoire Taconet
11 déc. 2025
En réponse à

Merci pour ce commentaire! (que je ne découvre que maintenant, il faudra que je voie comment être informé des nouveaux commentaires en direct) Mes connaissances en musique sont presque inexistantes donc les principes de la théories des quintes ne sont malheureusement pas à ma portée, mais j'aime beaucoup l'idée d'intégrer ce type de principes dans la musique qui a une dimension technique, sensorielle, cognitive, émotionnelle, ...

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